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Humanité et Nature

Depuis notre départ de Cherbourg le huit juin deux mille quatorze, Saudade a laissé dans son sillage qui ne laisse pas de trace si ce n’est celui d’un apprentissage, près de quinze mille miles nautiques.

Nous avons vu tant de choses que vous ne pourriez pas croire…

Nous avons navigué en Manche, dans les Abers bretons, le golfe du Morbihan, le golfe de Gascogne, les Rias de Galice, le détroit de Gibraltar, en Méditerranée, dans les Bouches de Bonifacio, le golfe du Lion, en Atlantique, dans la mer des Caraïbes, le Gulf Stream, le canal de Panama et l’océan Pacifique.

Nous avons vécu des nuits, souvent aussi belles que les jours sous l’immensité de la voûte étoilée, en mer, dans des ports, des marinas, des mouillages forains de Cherbourg à Panama City, que cela soit dans le Sound de Chausey, aux Lavezzi, à la Graciosa, à Virgin Gorda, à Little Harbour Cay, à Banedup et bien d’autres encore.

Nous avons souvent été submergé de grandes émotions devant les merveilles, l’intelligence et la diversité qu’offre la nature. L’horizon, les paysages, les formations géologiques, le végétal, le minéral, la faune, la flore, la mer, le ciel.

Nous avons rencontré des femmes et des hommes de tous âges, de toutes conditions sociales et culturelles. Nous avons perçu dans leurs regards, parfois de l’indifférence, mais bien plus souvent des sourires, de la bienveillance, de la curiosité, des envies de partage et lorsque s’échappaient par mégarde des éclats de tristesse ou de désespérance, toujours de grandes dignités, des parcelles d’humanité.

Nous avons admiré ce que Homo Sapiens a de meilleur en lui même, comme par exemple à Lanzarote, une île volcanique au sens le plus basaltique du terme. La lave noire est omniprésente, envahissante, les sols sont noirs, la poussière noire permanente balayée par les alizés, les arbres totalement absents, l’horizon est noir, le paysage noir oppressant de noirceur et pourtant l’homme dans ce qu’il a de meilleur, la créativité, l’ingéniosité, la volonté, le courage y exploite la vigne ou plutôt devrais je dire, y cultive, élève, prends soin de la vigne.

Et puis, partout, presque partout, en tout cas, bien trop souvent, nous avons constaté amèrement, tristement, la nature bafouée, la nature outragée, souillée des déchets produits par ce que l’on appelle la civilisation humaine, le plastique, le verre, l’aluminium, le caoutchouc, la ferraille, des détritus en tout genres.
Pas une île déserte, pas une plage qui même parée de ses plus beaux atours, sable blanc perlé de coquillages, cocotiers amoureusement courbés sur le rivage, fin liseré d’écume de petites vaguelettes d’eau turquoise, aguicheuse au possible mais…de loin.
Car en lisière de la bordure des plus hautes marées montantes s’étale comme une cicatrice purulente, un cordon ininterrompu de déchets amoncelés par les flots.

Partout, quasiment partout, à quelques exceptions près, en tout cas, bien trop rarement, comme par exemple aux San Blas où le peuple Guna qui a gagné le respect de ses traditions, cultures et règles tribales au sein d’une région disposant d’une grande autonomie, la Comarca de Kuna Yala, dirigée par ses représentants au sein du Congreso, veille amoureusement, fidèle à ses valeurs, à l’entretien, à la préservation de son environnement naturel.

Ce statut unique est aujourd’hui envié de toutes les communautés d’Amérique Latine, du Mexique à la Terre de Feu, en passant par la Cordillère des Andes et la jungle de l’Amazonie.
Les Gunas constituent probablement l’un des peuples ayant le mieux préservé son mode de vie, sa langue, son autonomie et son âme depuis l’arrivée de Vasco Nunez de Balboa sur les côtes de l’isthme panaméen..

Alors, je souhaite partager le très beau texte de Pierre Rabhi que j’aurais bien aimé écrire tant je le trouve emprunt de vérité et d’une grande sagesse:

« Je suis personnellement convaincu que notre futur dépendra de notre capacité à refondre l’avenir sur la logique du vivant. C’est à dire selon nos aspirations, mettre l’Humain et la Nature au coeur de nos préoccupations et tous nos moyens à leur service.
Alors on se surprend à rêver d’une prise de conscience tant individuelle que collective pour que notre planète ne soit pas un gisement de ressources à épuiser, mais une très précieuse oasis de vie.

Seulement après que le dernier arbre aura été coupé, que la dernière rivière aura été empoisonnée, que le dernier poisson aura été capturé, alors seulement vous découvrirez que l’argent ne se mange pas.

Cette prophétie est pure intelligence, celle des peuples autochtones, premiers, traditionnels, peu importent les qualificatifs. La protection de ces peuples, témoins vulnérables et innocents, contre l’arbitraire et la méchanceté des peuples dits civilisés devrait être inscrite dans nos priorités.

Aux exactions directes s’ajoutent les génocides par confiscation et destruction de leur milieu naturel, avec lequel ils ont appris à vivre en une symbiose parfaite depuis les origines.

Il faudrait également considérer ces milieux comme des biens communs qu’ils ont su préserver. Nous devrions, pour cela, leur être reconnaissants. L’abus de pouvoir et le mépris dont ils sont victimes confinent à la lâcheté et constituent une offense à l’humanisme le plus élémentaire.

Les magnifier à l’excès n’est probablement pas juste non plus. Ces communautés ont également leurs imperfections, des comportements à changer. Je suis souvent interpellé et choqué par la place très effacée réservée aux femmes.

Cependant, ces peuples encore fortement reliés aux fondements de la vie nous témoignent, par leurs convictions les plus profondes et leurs manières d’être, que l’harmonie entre les humains et la nature comme fondement de l’écologie est possible.

Leur droit à exister sur leurs territoires, selon les valeurs qui les animent et qui donnent sens à leur vie, comme pour chacune et chacun de nous, est tout simplement légitime. Notre engagement en faveur de ce droit ne doit pas être dénaturé par la pitié ou la condescendance.

Leurs comportements et leurs messages contribuent à nous éveiller au caractère sacré de la Vie. »

Vers la Sobriété Heureuse
Pierre Rabhi
Éditions Actes Sud

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