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Le Rayon Vert

Juste avant le coucher du soleil, sur toutes les mers du monde, à bord de toutes les embarcations, tous ceux qui vont sur la mer, ou tout du moins ceux qui ont su conserver une part d’enfance, espèrent.

Il espèrent voir ce fugace rayon vert émeraude. Celui-ci apparaît, et disparaît presque aussi soudainement, alors que le bord supérieur du disque solaire effleure l’horizon juste avant de se coucher. Cette petite tache lumineuse ne surgit que l’espace d’une ou deux secondes.

Ce phénomène de réfraction se laisse admirer très rarement que cela soit au lever ou au coucher du soleil. Il se produit lorsque l’atmosphère est extrêmement pure et qu’il y a très peu de particules pouvant créer diffraction ou dispersion. Alors émouvant de beauté, ce mince rai de lumière flamboie l’instant d’un éphémère, à la frontière du rêve et de la réalité où j’aime à vagabonder.

Mystérieux, envoûtant, fascinant, émouvant, rare, fugace, éphémère, cela commence par une vieille légende écossaise. Elle prétend que le rayon vert a pour vertu de faire que celui qui l’a vu ne peut plus se tromper dans ce qui touche aux sentiments. Car l’apparition du rayon vert détruit illusions et mensonges. Alors celui qui a été assez heureux pour l’apercevoir une fois, voit clair dans son cœur et dans celui des autres.

Pour avoir aperçu le rayon vert de très nombreuses fois et dès mon plus jeune âge, je vous avoue très franchement, et avec tout le respect que j’éprouve pour les vieilles légendes, que je laisse à cette légende écossaise la prétention de ce qu’elle affirme…

Plus tard, Jules Verne s’inspirera du rayon vert pour son roman éponyme.

« Avez-vous quelquefois observé le soleil qui se couche sur un horizon de mer ? Oui ! sans doute. L’avez-vous suivi jusqu’au moment où, la partie supérieure de son disque effleurant la ligne d’eau, va disparaître ? C’est très probable.
Mais avez-vous remarqué le phénomène qui se produit à l’instant précis où l’astre radieux lance son dernier rayon, si le ciel, dégagé de brumes, est alors d’une pureté parfaite ? Non ! peut-être.

Eh bien, la première fois où vous trouverez l’occasion, elle se présente très rarement, de faire cette observation, ce ne sera pas, comme on pourrait le croire, un rayon rouge qui viendra frapper la rétine de votre œil, ce sera un rayon vert, mais d’un vert merveilleux, d’un vert qu’aucun peintre ne peut obtenir sur sa palette, d’un vert dont la nature, ni dans la teinte si variée des végétaux, ni dans la couleur des mers les plus limpides, n’a jamais reproduit la nuance !
S’il y a du vert dans le Paradis, ce ne peut être que ce vert-là, qui est, sans doute, le vrai vert de l’Espérance !  »

Jules Verne
Le rayon vert – 1882

Mais, dans des temps encore plus anciens,

« A la création du monde, le soleil pensa avoir reçu la mauvaise part.
Il était le seul à travailler sans relâche devant parcourir indéfiniment le ciel d’est en ouest.
Regardant la Terre à ses pieds, il enviait ses habitants de pouvoir faire la grasse matinée, la sieste, flâner, rire, prendre du bon temps.

Et comme il était enclin à la paresse, il décida de faire comme eux. Après tout, se disait-il, je suis un dieu. Les hommes attendent ma venue et me rendent des hommages, je peux donc faire ce qu’il me plaît.

Aussi, désormais, se leva-t-il très tard, et quelques instants à peine lui suffisaient pour traverser le ciel et se coucher derrière Moorea, pour une longue, très longue nuit.
Et la Terre en souffrait cruellement. Il n’y avait pas assez de chaleur pour chauffer les fours de pierres et pas assez de lumière pour pêcher, récolter, préparer les repas.

Maui, le jeune guerrier, voyait les lèvres de sa fiancée Hina qui s’enflammaient à force de manger cru. Quand la tristesse se fut changée en colère, il décida de vaincre le soleil. Maui partit à la recherche des plus grosses lianes, des plus longues algues, des écorces les plus solides. Et quand il en eut fait un immense tas, haut comme cinq hommes, il se mit à tresser un extraordinaire filet de lianes, d’algues et d’écorces. Le jour, il travaillait à la lumière rapide du soleil, la nuit, il travaillait à la lueur des étoiles.

Il avait pris comme pièce maîtresse un long cheveu de Hina et, tandis que le soleil, tout endormi et trop pressé, se hâtait de passer dans le ciel, le filet s’agrandissait peu à peu.

Enfin, le piège fut terminé. Alors, profitant de la nuit, Maui jeta le filet sur son épaule et alla jusqu’au récif, au bord du grand trou par lequel le soleil sort de la mer. Puis il attendit. Après une longue, très longue veille, il vit une lueur qui naissait du trou. Cette lueur grandissait et colorait les vagues et les nuages; elle se faisait de plus en plus forte, de plus en plus intense. Les oiseaux se mirent à chanter, et Maui sut que cette lueur était le soleil.

Quand les premiers rayons se furent engagés dans l’orifice, Maui jeta son immense filet qui recouvrit tout le trou, enfermant le soleil. Quand le soleil se vit prisonnier, il se débattit avec fureur, mais le filet tint bon. Vingt fois il tenta de sauter dans le ciel. Vingt fois, il fut repoussé. Vingt fois il tenta de redescendre sous la terre. Vingt fois, il fut retenu.
Alors, le soleil commença à chauffer, de chauffer si fort que la mer se mit à bouillonner et la terre à se craqueler, si fort que, un à un, tous les liens du filet brûlèrent.
Algues, lianes, écorces…, rien ne résista aux flammes immenses. Rien, sauf le cheveu de Hina la jolie fiancée de Maui.

Le soleil eut beau sauter, il eut beau chauffer, enfler, il était saisi par le cou et il étouffait peu à peu. Il perdait peu à peu de son éclat et enfin s’arrêta, épuisé, vaincu.
Alors Maui s’approcha:

– C’est moi, Maui, qui t’ait attrapé. 
– Délivre-moi, Maui, j’étouffe.
– Non, je ne te délivrerai pas. Tu resteras éternellement attaché pour le mal que tu as fait à ma fiancée et à mon peuple. Leurs lèvres sont brûlées par les sèves crues et leurs yeux sont emplis de nuit. Tu resteras prisonnier.
– Maui, si tu ne me délivres pas, je vais mourir et si je meurs, ni toi, ni les tiens ne pourront plus jamais vivre. Délivre-moi.
– Promets moi d’abord que notre poisson et nos légumes seront cuits avant la nuit
– Je te le promets.

Et Maui délivra le soleil et le soleil bondit dans le ciel.
C’est depuis ce jour que le soleil se lève si tôt et se couche si tard.
Et parfois, quand on regarde le soleil se coucher, on aperçoit, très vite, comme un mince filet vert : c’est le cheveu de la fiancée de Maui qui a été suspendu là, afin que le soleil n’oublie jamais sa promesse.  »

Légende Tahitienne sur la Capture du Soleil

L’histoire ne s’arrête pas là car il est un autre rayon vert.
Il est cher à mon coeur et à celui des plus rêveurs.
Ceux qui espèrent apercevoir, traversant la baie à la nuit tombée, cette unique et minuscule lumière verte que scrute dans l’obscurité le mélancolique Jay Gatsby, son rayon vert à lui.

Le grand Gatsby est comme Icare, attiré par le soleil, jusqu’à s’en brûler les ailes ou comme l’Homme de la Mancha faisant tout pour mener à bien sa quête.

« Rêver un impossible rêve, Porter le chagrin des départs,
Brûler d´une possible fièvre, Partir où personne ne part.

Aimer jusqu’à la déchirure, Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure, D´atteindre l´inaccessible étoile.

Telle est ma quête, Suivre l´étoile.
Peu m´importent mes chances, Peu m´importe le temps, Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours, Sans questions ni repos,
Se damner, Pour l´or d´un mot d´amour.
Je ne sais si je serai ce héros, Mais mon cœur serait tranquille,
Et les villes s´éclabousseraient de bleu,
Parce qu’un malheureux

Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé, Brûle encore, même trop, même mal,
Pour atteindre à s´en écarteler, Pour atteindre l´inaccessible étoile.  »

Jacques Brel
La quête

Ce rayon vert à la clarté étincelante, brillant de l’autre côté de la rive depuis le ponton de la villa de Daysy est hors de portée, mais :

 » Gatsby croyait à la lumière verte, à cet orgasme imminent qui, année après année, reflue avant que nous l’ayons atteint. Nous avons échoué cette fois-ci, mais cela ne fait rien. Demain, nous serons plus rapides, nous étendrons nos bras plus loin et un beau matin…
C’est ainsi que nous nous débattons, comme des barques contre le courant, sans cesse repoussées vers le passé.  »

Gatsby le magnifique
Francis Scott Fitzgerald

La raison des critiques littéraires voudrait qu’Ernest Hemingway soit un plus grand écrivain, le cœur pencherait pour Scott Fitzgerald, si je peux me permettre, suivez le cœur.

 » On devrait comprendre que les choses sont sans espoir et cependant rester décidé à les changer.  »

Francis Scott Fitzgerald

Alors, juste avant le coucher du soleil, lorsque vous êtes sur la mer et même ailleurs, et même si vous n’avez pas conserver une part d’enfance, espérer…rêver…aimer…

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5 commentaires

  1. Merci Saudade car c’est grâce à lui et son capitaine que j’ai vu le rayon vert

  2. Merci Gerald de nous embarquer dans la réalité de tes rêves. Le rayon vert ! en traversant trois fois le Pacifique, en cargo, cap à l’ouest, chaque soir de temps clair, j’attendais le rayon vert. Je l’ai vu, pas chaque soir, car il se fait désirer.. Ce n’est pas un mythe, en a t on une explication scientifique satisfaisante, je ne sais mais il était mon espoir de chaque soir.
    A Majorque, il est un lieu sur le cap Gros à Soller, où je l’ai souvent attendu, mais je ne suis pas sûr de l’avoir même entrevu;
    A t il besoin d’espace vierge, de la jeunesse de l’âme pour nous éclairer, je ne l’ai plus revu, mais je sais qu’il existe et cela me suffit.

  3. Ma couleur préférée a toujours été le vert…

    Et lorsque j ai vu le rayon vert à la Martinique, ça n a fait que renforcer ce penchant .
    J aimerais pouvoir un jour le voir de Saudade … et j’en suis sûre… ça se fera !

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