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Virgin Gorda – Gentilshommes de Fortune

Dans la mer des Caraïbes, à bord de Saudade, j’ai navigué dans les eaux de mon enfance, celles de l’Ile au Trésor, du Secret de la Licorne, du Trésor de Rackam le Rouge, des coffres remplis de pièces d’or et d’argent, des cryptogrammes:  » mon trésor à qui découvrira l’énigme… » des jambes de bois, des bandeaux sur l’œil, des perroquets multicolores, de l’odeur de la poudre à canon, des grappins et sabres d’abordage, du pavillon noir.

 » C’est la grande sorcellerie de la vie maritime que de parer d’une poésie amère et irrésistible tout ce qui touche à ses décors infiniment renouvelés. Les bandits qui vivent sur leurs goélettes maquillées où le nom d’une fille s’accroche comme une rose à la proue ont fait un pacte avec la mer, qui les sauvera de l’oubli et de la honte vulgaire qui efface le nom des malfaiteurs de terre ferme, quand la justice a passé »

Pirates de l’avenue du Rhum
Pierre Marc Orlan

Du dix septième au dix-huitième siècle, pirates voués à la pendaison, forbans mis hors la loi des mers, flibustiers qui se battent pour eux-même, corsaires en possession d’une lettre de marque qui se battent pour le roi et pour eux-mêmes, frères de la côte, boucaniers qui ont quitté le monde ou l’ont fui et autres gentilshommes de fortune vont sillonner mille nautique après mille nautique toute la mer des Caraïbes, de Port royal en Jamaïque à l’île de la Tortue au large d’Hispanolia, de New Providence aux Bahamas aux Iles Vierges pour écrire l’histoire de l’âge d’or de la piraterie.

Sans foi, ni loi les pirates, balivernes.

Article 1 – Chaque homme donnera son avis dans les affaires d’importances.
Article 2 – Tout homme qui cherche à dérober à la compagnie de l’argenterie, des bijoux ou de l’argent sera abandonné sur une île déserte.
Article 3 – Il est interdit de jouer de l’argent aux dés ou aux cartes.
Article 4 – La lumière et les chandelles doivent être éteintes à huit heures du soir.
Article 5 – Tout homme doit conserver ses mousquets, sabres et pistolets propres, prêts à l’usage.
Article 6 – La présence de jeunes garçons ou de femmes est interdite.
Article 7 – Quiconque désertera le navire ou abandonnera son poste de combat au cours d’une bataille sera puni de mort ou abandonné sur une île déserte.
Article 8 – Personne ne doit frapper quelqu’un d’autre à bord du navire. Les différends seront réglés à terre, à l’épée ou au pistolet.
Article 9 – le Capitaine et le Second recevront chacun deux parts de butin, le Canonnier et le Maître d’Equipage une part et demie, les autres Officiers une part et un quart, les Hommes d’Equipage une part chacun.

Par ailleurs, le Capitaine était élu par son équipage et pouvait être destitué de la même façon.
Sans parler du régime de sécurité sociale qui prévoyait les indemnités en cas d’accident du travail, enfin façon de parler, cent écus pour la perte d’un œil, six cents écus pour la perte des deux yeux, deux cents écus pour la perte de la main ou du bras droit.
De la piraterie, comme une utopie égalitaire, un embryon de démocratie…

Sans éducation, ni savoir vivre les pirates, balivernes.

Commençons par le plus fécond, quatre cent soixante prises, Bartholomew Roberts, dit Black Barty, ni jambe de bois, ni bandeau sur l’œil, un homme raffiné, habillé de soie, de satin et de dentelles, portant au cou un collier enchâssé de pierreries, une épée au pommeau serti de diamants.

John Rackam dit Calico Jack, plus connu du capitaine Haddock, mille millions de sabords, sous le nom de Rackam le Rouge. Outre le fait de naviguer avec Ann Bonny sa maîtresse, et Mary Read,
l’amie de celle-ci et peut-être plus… Ce pirate se fait remarquer par ses vêtements de tissus peints ou imprimé à dominante rouge.

Edward Teach dit Barbe noire, qui possédait jusqu’à l’extravagance la manie des déguisements à la fois burlesques et terrifiants, a toujours cultivé soigneusement son image avec sa longue barbe où sont enlacés des rubans ou des mèches de chanvre qu’il allume à l’occasion, son sabre et ses six pistolets portés en bandoulière.

Les pirates, en fuite de toutes hiérarchies, militaire, religieuse, sociale. Anarchistes, nihilistes, les anges noirs d’une utopie, une illusion de liberté absolue teintée de désespoir et de mort avec pour refuge l’or, l’alcool et la dérision:

 » Nous nous moquons du roi, de son parlement et de son pardon. Nous craignons encore moins la potence. si nous sommes vaincus ou surpris, nous mettrons le feu aux poudres et nous irons gaiement et en bonne compagnie dans l’enfer »

Au Dix huitième siècle, que ce soient sur les navires de commerce ou les bâtiments de guerre, les conditions des marins étaient atroces. Lorsque les équipages poussés à bout se mutinaient, ils devenaient de fait des hors-la-loi, bons pour la corde, autant se faire pirate…
Quant aux marins de la Royale, qui après avoir été enrôlés de force se trouvaient débarqués pour cause de paix, autant se faire pirate…
Quant à ceux, trop ivres, manquant l’appel, déserteurs de fait, autant se faire pirate…
Pour l’équipage d’un navire marchand captif, autant se faire pirate…
Pour les âmes en peine, autant se faire pirate…

Et naviguer sous le Pavillon Noir orné d’une tête de mort avec deux tibias croisés, ou bien deux sabres croisés, mais aussi parfois d’un sablier évoquant la désespérance devant le temps qui s’écoule et s’achève par la mort ou bien encore un cœur dont s’écoule des gouttes de sang.

Alors, sentimentaux les pirates, balivernes.

Tout l’équipage à son poste d’abordage
Envoyez le Pavillon rouge, pas de quartier,
Alors pas de prisonnier, pas de survivant.
Parez vous à faire feu, à mon commandement…
 » A moi, forban, que m’importent la gloire, Les lois du monde et qu’importe la mort…
Sur l’océan, j’ai planté ma victoire, Et bois mon vin dans une coupe d’or…
Vivre d’orgie, c’est ma seule espérance, Le seul bonheur que j’ai pu conquérir,
Si sur les flots j’ai passé mon enfance, C’est sur les flots qu’un forban doit mourir.

Peut-être au mat d’une barque étrangère, Mon corps un jour servira d’étendard
Et tout mon sang rougira la galère… Aujourd’hui fête, et demain le bazar,
Allons, esclave, allons, debout, mon brave, Buvons le vin et la vie à grand pot,

Aujourd’hui fête, et puis demain peut-être. Ma tête ira s’engloutir dans les flots…

Peut-être un jour, par un coup de fortune, Je saisirai l’or d’un beau galion…
Riche à pouvoir vous acheter la lune, Je m’en irai vers d’autres horizons…
Là, respecté tout comme un gentilhomme, Moi qui ne suit qu’un forban, qu’un bandit,
Je pourrai comme le fils d’un roi, tout comme, Mourir peut-être dedans un bon lit…

Vins qui pétillent, Femmes gentilles, sous des baisers brûlant d’amour…
Plaisirs, batailles, Vive la canaille, Je bois, je chante et je tue tour à tour…
Trala la la, Tralala la la, Trala la la la la la la la la.

Le Forban
Les chansons de marins
Pierre Joubert et Jean Rolland.

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