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Les Bahamas – Ont-ils une Âme ?

Je suis aux Bahamas depuis quatre semaines. La navigation au sein d’un archipel suspendu entre ciel et mer est plaisante. La mer est un gisement insolent de turquoise. Les plages sont toutes plus belles les unes que les autres avec de longues franges de sable entre deux eaux, de vert cristallin ou de bleu roi. Les barrières de corail sont envoûtantes. Saudade est régulièrement au mouillage dans des endroits où j’ai pied lorsque je vais nager depuis le bord, et pourtant je suis en mal d’inspiration pour enrichir mon blog, alors je m’interroge.

En relisant mes précédents articles, je me suis aperçu que sans l’avoir cherché, article après article, alluredesaudade s’est défini une inspiration rédactionnelle autour des émotions ressenties, provoquées par des éphémères qui s’apparenteraient à des interstices d’éternité.
Toute raison gardée et modestie mise à part, je me suis mis à écrire à la manière de Manet, Monnet, Renoir Cézanne, Pissaro, pour ne citer que ces derniers dans ce que fut le mouvement des Impressionnistes.

En effet, les peintres impressionnistes avaient une manière particulière de percevoir la vie, non pas en essayant de rendre parfaitement ce qui est vu par l’œil tel un appareil photo, mais en mettant en exergue la surprise qu’elle suscite, son rayonnement, son émotion.

« N’oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu’à celles-là nous y obéissons sans le savoir. »

Vincent Van Gogh

Aux Bahamas, le pays m’apparaît trop lisse, trop aseptisé, trop coquet, trop propret, trop esthétique, une hospitalité sans faux pli.
Il y a bien sûr l’héritage du Royaume Uni mais aussi la présence nombreuse des américains venus de Floride ou d’ailleurs et cette propension à tout faire pour accueillir les touristes.
Bien sur, le pays a parfaitement compris tout le bénéfice qu’il pouvait retirer du tourisme avec ses paysages paradisiaques et ses eaux transparentes, sa principale source de revenu, sans oublier son deuxième paradis, fiscal celui ci et la présence de nombreuses banques opérant pour l’occasion dans des eaux plus troubles. Le ministre du tourisme est de fait le premier ministre.

A tout bout de champ, vous entendrez « How are you doing » ou bien encore « You are welcome » mais l’excès de formules de politesse, déclamées comme des automates, comme par obligation, sans vibration, sans émotion, tue la politesse.
Au premier abord, une gentillesse désarmante, un sens de l’accueil mais lorsque la politesse n’est plus qu’un ensemble de processus codifiés, repris par la population comme un catéchisme, qu’en reste t-il?

J’en viendrais à regretter d’autres époques moins sages, plus pittoresques, plus tourmentées de l’histoire des Bahamas.

Que cela soit avec Ann Bonny, née en Irlande, fille illégitime, élevée comme un garçon, indomptable au caractère bien trempé, venu à New Providence pour s’éloigner de son époux, un marin sans le sou qui ne valait pas tripette. Alors que Jack Racham dit Calico Jack, arrive à peu près au même moment à Nassau pour solliciter le pardon royal dans les derniers mois prévus par l’amnistie. Ayant encore de l’argent, débauché, mais précédé d’une réputation d’intrépidité, il tombe amoureux de celle qu’il considère comme son âme sœur.

Prompte à l’abordage et habile à l’épée, Anne se forgera une réputation légendaire de courage et de cruauté, forçant le respect de ses pairs. Elle se défendra jusqu’au bout lorsque en 1720, le capitaine Barnet, chasseur de pirates attaquera le navire de Rackam le Rouge. Se déclarant enceinte devant le tribunal, elle échappera à la pendaison, contrairement à Jack.

 

Ou bien encore, lorsque en 1919, les États Unis promulguent le quatorzième amendement qui interdit l’alcool. La prohibition va alors donner aux Bahamas une nouvelle jeunesse. C’est le retour du trafic et du maraudage sur les îles, une nouvelle ère de la piraterie.

L’Angleterre exporte alors en grande quantité du whisky aux Bahamas. Elle aménage de nouvelles installations portuaires, et ferme les yeux sur les trafiquants qui se chargent d’acheminer clandestinement l’alcool sur les côtes américaines de l’autre côté du détroit de Floride depuis Bimini, Nassau et Grand Bahama.

C’est l’époque des bootleggers qui sillonnent le Gulf Stream à bord de leurs embarcations rapides rapides, les Rum Runners.

Alors, les Bahamas ont une âme bien sur, pour répondre à mon titre provocateur. Mais il ne faut peut-être pas la chercher à Nassau sur l’île de New Providence, capitale économique, commerciale, administrative et politique des Bahamas et la présence de soixante pour cent de la population des Bahamas mais sans doute davantage sur l’une des sept cents Iles ou des deux mille trois cents îlots de l’archipel.

Pour ma part, cette âme, je l’ai trouvé au fond d’un coquillage.

Dans la région Caraïbe, vit depuis bien longtemps, bien plus longtemps que l’arrivée des premiers hommes, un grand et beau coquillage que tous les Caribéens connaissent et à qui, ils ont donné une quantité de noms différents. On l’appelle Caracol rosa au Mexique, mais dans le Mexique préhispanique, les Aztèques l’appelaient Teccizmama. On le connaît sous le nom de Botuto au Venezuela, Cambombia au Panama, Cambute au Costa Rica, Caracol gigante au Honduras, Caracol pala en Colombie, Caracol au Nicaragua, Carrucho à Puerto Rico, Cobo à Cuba.
En Floride, aux Bahamas et dans tous les pays où on parle anglais, on l’appelle Queen conch. En français, on l’appelle Strombe géant mais, en Guadeloupe et en Martinique, tout le monde le connaît sous le nom de Lambi, qui vient des temps lointains où les petites Antilles étaient habitées par des peuples indiens venus d’Amérique du Sud. On l’appelle aussi Lambi à Haiti et à Saint Domingue.

Les peuples amérindiens en faisaient des outils, des hameçons et aussi des œuvres d’art.
Plus tard, au temps de l’esclavage, il permettait de communiquer de colline en colline pour annoncer les grands événements de la vie, naissance, mariage, mort, mais aussi les révoltes. Il annonçait l’arrivée des canots de pêche et à l’occasion devenait un instrument de musique.
Les plus belles coquilles décoraient les tombes des pêcheurs. Les autres étaient utilisées pour faire des digues et il reste encore des fours à chaux, témoins de son utilisation industrielle.

Ce gros coquillage est l’un des symboles des Bahamas. Préparé de multiples façons, en salade, en ceviche, macéré dans le citron, en brochettes, en soupe, frits, en beignets, il occupe une place de choix dans la table Bahaméenne.

Le conch, je l’ai découvert à Bimini chez Fab, au Stuart Conch Salad Stand, une petite gargote montée sur pilotis, qui affirme sans ambages cuisiner la meilleure salade de Conch de tous les Bahamas. Il est vrai qu’il n’est pas le seul à le prétendre.

Du Conch, des tomates, des poivrons, des oignons, le tout coupé finement en petits dés, bien mélangée, assaisonnée généreusement du jus d’un citron vert, légèrement pimentée, le tout bien frais, préparée à la minute, la salade est prête à déguster. Ce soir là, je ne manquerai pas de faire rire aux éclats Fabrice lorsque je lui ferai remarquer insidieusement que la sauce pimentée était un tantinet trop douce pour mes papilles.

Vous ne manquerez pas de l’accompagner du cocktail maison le Fabrice Rhum Punch, inspiré du Bahama mama, l’un de ses cocktails mystérieux dont l’histoire s’est perdu et pour lequel il n’existe pas de recette originale.

 
Chaque soir, à l’heure de la fermeture, c’est Laura qui se charge de la confection du cocktail dans une grande bonbonne d’eau pour fontaine qu’elle emplit de jus d’orange et jus d’ananas en grandes boîtes de conserves d’un gallon, de sirop de grenadine en bouteille, de rhum et de quelques autres ingrédients dont elle garde le secret. Le tout sera ensuite conditionné dans les règles de l’art dans de petites bouteilles plastiques de vingt cinq centilitres recouvertes de l’affiche du Fabrice’s Rhum Punch, à consommer sur place ou à emporter, l’un n’empêchant pas l’autre…

Quelques jours plus tard, c’est une autre rencontre qui m’attendait aux Berry Islands, un ensemble de petits îlots posées comme des merveilles sur un écrin de turquoise, Monsieur Chester Darville.

En août 1982, l’ouragan Andrew, l’un des plus dévastateurs du siècle dernier, fit rage sur les Bahamas avant d’aller traverser la Floride et mourir en Louisiane.

A cette époque, sur Little Harbour Cay, quelques maisons bâties dans les années trente, sans plan, à la façon des pionniers américains et quelques maisons plus récentes des années quatre-vingt. Chester et sa famille avaient décidé de vivre dans ces dernières plutôt que dans celles construites par son père mais Andrew ne l’entendait pas de cette façon et seules les habitations des années trente résistèrent.

Chester avait tout perdu, sauf son amour pour Little Harbour et son idée d’ouvrir un restaurant sur cette île déserte accessible uniquement par la mer. Au lendemain de l’ouragan, pour ne pas rester à se morfondre, il décida que ce jour était le premier jour du reste de sa vie
Il se mît dès lors au travail pour nettoyer les dégâts d’Andrew et bâtir un restaurant avec une terrasse face au couchant, en haut d’une colline surplombant l’un des plus beaux panoramas des Bahamas.

Aujourd’hui, pour dîner d’un repas autour des fruits de la mer, il est nécessaire de réserver par l’intermédiaire d’un appel à la radio VHF sur le canal 68 avec un préavis de trois heures, non pas que le restaurant soit plein tous le soirs mais pour que Chester et sa famille puissent vous préparer des mets dans leur plus grande fraîcheur.

Chester Darville, c’est une famille, un petit bar et un restaurant sur une île déserte.
C’est un petit entrepreneur, parmi tant d’autres dans les Bahamas.
Il a reçu d’innombrables visites, des personnalités, des célébrités, des bateaux de passage, des voiliers de grande croisière, que cela soit pour passer un peu de temps, prendre un seul verre, manger pour le dîner, commander du pain frais pour le lendemain, toujours avec le même Accueil.

Chester, si ce n’est pas l’âme des Bahamas, cela y ressemble…

Au fait, j’allais oublié. N’oubliez pas de commander pour accompagner votre repas le Rhum Fruit Punch du Flo’s Conch Bar…

 

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    je ne pense pas que vous allez vous souvenir de moi… mais nous nous sommes rencontré aux Bahamas… donc je garde le même souvenir que vous (des Bahamas 😉
    nous avons eu un échange cours mais qui ma marqué. j’étais à bord du catamaran (rêve vite) j’embarquais aux Bahamas pour accompagner les propriétaires convoyer le bateau en France.
    Bonne continuation bon vent
    Adel

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