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Panama – Le Cacao

« Une princesse gardant le trésor de son époux parti à la guerre, fut attaquée par des voleurs. Refusant de leur dévoiler l’endroit où était caché le trésor, les voleurs la tuèrent. Son sang se répandit sur le sol d’où poussa une plante donnant des fruits qui cachaient un trésor de graines, amères comme les souffrances de l’amour, fortes comme la vertu et rosées comme le sang de la princesse. Les Aztèques reçurent cette plante comme un cadeau du Dieu Quetzalcoatl : c’était le cacaoyer. »

Légende du Mexique.

Au commencement, étaient les Mayas.

Deux frères jumeaux aiment à se divertir en jouant au ballon. Mais ils s’amusent trop bruyamment pour les dieux de la Mort qui d’ailleurs ne supportent en rien les choses de la Vie. Acariâtres, aigris, jaloux, non sans arrière pensée, ils les invitent pour jouer avec eux dans leur royaume souterrain, le Xibalta. Mauvais joueurs, ils trichent pour s’assurer la victoire et exécutent les jumeaux pour ne plus jamais être dérangés de leur mortelle éternité.

Sur un arbre mort est suspendu la tête de l’un d’eux, Hun Hunahpu. Mais, puissance et volonté de vie, l’arbre se couvre alors de feuilles, de fleurs et de fruits en forme de calebasses, des cabosses de cacao. Pour le Xibalta, c’est une infamie car tout ce qui s’y trouve est censé être mort. Cet arbre, image de la vie, de révolte, d’insoumission ne doit pas être approché, ni même contemplé.

Mais Xkik, une jeune fille, inspirée de l’esprit d’Antigone, animée de curiosité et désireuse de voir l’arbre prodigieux, se rend près du cacaoyer. Alors qu’elle tend la main pour saisir un fruit et y goûter, la tête de Hun Hunahpu, dissimulée parmi les cabosses, crache dans sa paume ouverte et lui confie :

« Te voici porteuse de deux jumeaux, mes fils et tu donneras naissance à une grande lignée ».

Conformément à ce mythe fondateur, le hiéroglyphe qui représente le cacao dans l’écriture maya est représenté par un poisson, symbole de renaissance et d’immortalité.

Puis, vinrent les Toltèques.

Et la belle ville de Tula. Les maisons y étaient faites de jade, de turquoise, d’or et d’argent. Elles étaient ornées de plumes chatoyantes et de coquillages corail aussi beaux que des pierres précieuses. Arbres gigantesques, fleurs et plantes nourricières géantes y croissaient plus haut que dans toute autre partie du monde. Les cacaoyers, avec leurs cabosses chatoyantes y produisaient plus de fèves de cacao que nulle part ailleurs. Les forêts de Tula offraient leurs ramures à de merveilleux oiseaux tropicaux, des cotingas, tout de bleu turquoise vêtus, comme un crépuscule tropical ou des quetzals, étincelants à la longue queue brillante, comme le piment vert.

Le roi qui gouvernait ce paradis terrestre se nommait d’ailleurs Quetzalcoatl, Serpent à plumes de quetzal. Le souverain portait un masque cérémoniel terminé par un bec d’oiseau et un chapeau pointu orné de plumes rouge et vertes. Ses sujets étaient les Toltèques, un peuple mystérieux doué de pouvoirs magiques et des talents les plus divers tant en agriculture qu’en écriture, astronomie, orfèvrerie ou architecture, à l’instar de leur initiateur, Quetzalcoatl.

Il vivait riche et heureux dans des palais garnis de trésors, de fèves de cacao, d’or, d’argent, et de pierres précieuses de couleur verte, émeraude peut-être…

Jardinier du paradis où vivaient les hommes, Quetzalcoatl apprit aux hommes à cultiver les plantes et les céréales. Il leur apporta le cacaoyer, venu des terres sacrées des premiers fils du Soleil.
Un jour, trois sorciers, acariâtres, aigris et jaloux de son bonheur et de sa puissance, des amis des dieux de la mort sans doute, arrivèrent à Tula.
Quetzalcoatl était malade. L’un d’eux, le magicien, Titlacauan, vint le trouver, sous l’apparence d’un vieillard et lui dit :

« Seigneur, je t’apporte un breuvage qui est bon et enivre celui qui en boit. Il t’attendrira le cœur, te guérira et te fera connaitre la route de ton prochain voyage, au pays où tu retrouveras la jeunesse ».

Quetzalcoatl but et au lieu de guérir, devint fou. Il brûla tous ses palais magnifiques, enterra ses trésors et transforma les arbres de cacao en une espèce qui ne donnait plus de fruits.

Il quitta son royaume sur un radeau fait de serpents entrelacés pour le pays de la jeunesse en promettant à son peuple de revenir pour leur rapporter les trésors perdus.

Enfin, vinrent les Aztèques et le culte du Cacao

Quetzalcoatl ne revenant pas, il devint le dieu le plus important de la culture Aztèque.
Créateur de l’homme, dieu de l’intelligence. Il avait le pouvoir de descendre aux enfers et prendre les ossements des morts pour leur redonner vie avec un peu de son propre sang.

Quetzalcoatl était aussi le Seigneur du vent, le souffle de vie, l’amour et la sagesse.
Il est l’incarnation de Venus, l’étoile du matin qui appelle le soleil dans le ciel.

Les hommes prirent soin des quelques cacaoyers épargnés par sa colère.
Le cacao, fruit et incarnation du paradis perdu, fut honoré et célébré.

Symbole de fertilité, les fèves sacrées servaient d’offrandes aux dieux. Ainsi, dés sa plantation, le cacao donnait lieu à des cérémonies religieuses et à des offrandes en l’honneur des dieux de la pluie et de la fertilité. Des danses festives clôturaient sa récolte pour remercier le dieu du cacao de sa bienveillance.

Les fèves de cacao servaient d’offrandes lors des rites initiatiques, de l’embryon à la naissance, de l’enfance à la puberté. Le corps des jeunes garçons était enduit d’un mélange d’eau de pluie, de pétales de fleurs et de poudre de cacao.

Au cours de la vie, le baume de cacao adoucissait les gerçures et protégeait des brulures du soleil. Il guérissait les maladies du foie et des poumons. La boisson du cacao, quant à elle, prévenait les morsures de serpent. Puis, les fèves accompagnaient le défunt pour son voyage vers l’au-delà.

La fève de cacao était utilisée comme monnaie d’échanges et unité de calcul. Ainsi, un Zontli était égal à quatre cents fèves, tandis que huit mille fèves étaient égales à un Xiquipilli ou une carga, charge qu’un homme pouvait porter sur son dos. Dans les hiéroglyphes mexicains, un panier contenant huit mille fèves symbolisait le chiffre huit mille.

Le cacao était aussi à la base d’une boisson, le xocoalt en langue Nahuatl.
Le xocoalt était teinté de rouge par une épice colorante appelé rocou. Il était également additionné de nombreux autres ingrédients, outre le maïs, la vanille, du piment, un poivre à la saveur anisée, des fleurs, des graines.
Le xocoalt, euphorisant, permettait de combattre la fatigue, grâce à la théobromine.
Seuls les nobles et les guerriers consommaient la boisson du cacao car ce dernier était une marchandise rare qu’il fallait importer depuis les vergers du Tabasco et du Soconuzco.

Le cacao, nourriture des dieux, véritable or brun aux yeux des Mayas, fut l’objet de toutes les convoitises.

Arbre de vie chez les Mayas.
Sang d’une princesse Toltèque.
Coeur ranimant les forces de vie pour les Aztèques.
Idolâtré par l’empereur Montezuma.
Ignoré par Christophe Colomb.
Convoité par les conquistadors espagnols.
Méprisé par les pirates anglais.
Monopolisé par la couronne d’Espagne.
Rêvé dans les alcôves des libertins.
Consommé à la cour du roi Louis XIV.
Négocié par les marchands hollandais.
Mis en poudre par Van Houten.
Raffiné par les maîtres chocolatiers.
Dégusté par les petits et les grands.

« Heureux chocolat, qui après avoir couru le monde, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche »

Anthelme Brillat-Savarin

 

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Un commentaire

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