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Barcelone

Barcelone, c’est avant tout une identité culturelle. Il suffit pour en prendre conscience d’arpenter les grandes avenues du quartier de l’Eixample, au cœur de la ville. Elles sont taillées au cordeau à l’instar des grandes villes des États Unis, elles se croisent sans coup férir à angle droit avec un carrefour dont les angles sont légèrement arrondis obligeant le passant à un léger détour pour emprunter les passages piétons.

En effet Barcelone a connu son Georges Eugène Hausmann, l’architecte Ildefons Cerdà, encore plus extrémiste dans le culte de l’axe puisqu’il a dessiné un plan en damier pour diviser les neuf kilomètres carrés de ce quartier en cinq cent cinquante pâtés de maison entrecoupés par des rues et des boulevards parfaitement parallèles, à l’exception de trois avenues: la Méridienne, la Parallèle, et la Diagonale. Pour ces trois dernières, il aura sans doute voulu faire preuve d’une note d’humour, d’originalité, oserais je dire, d’exubérance, un coup de folie passager dans ce bel ordonnancement.
Toujours est-il, que cela soit au long de ce quartier ou dans le dédale des ruelles du Barri Gòtic, le plus ancien de Barcelone abritant les vestiges romains et de nombreux édifices de l’époque médiévale ou bien encore de Las Ramblas, l’emblématique promenade du centre névralgique de la ville où se tient le marché de la Boqueria. Toujours est-il que vous ne manquerez pas quelque soit la portée de votre regard de noter quatre bandes horizontales rouge sur fond or, quelque soit la finesse de votre ouïe de percevoir des sonorités catalanes.
Les drapeaux catalans s’exhibent fièrement aux fenêtres quelque fois même tout à la verticale sur plusieurs étages d’un mur d’immeuble, le parler catalan s’exprime à voix haute dans la rue, dans les commerces, les administrations, à l’école ou l’université, « encantat d’haver-te conegut »

Barcelone, c’est bien sur la Sagrada Familia, l’œuvre visionnaire de Gaudi, une audace architecturale rare, ornée d’un luxe de symboles. Commencée en 1882, c’est une œuvre inachevée, le sera t-elle un jour ? On parle de 2026 pour les cent ans de la mort de Gaudi.
A ce jour, c’est une succession de huit architectes qui ont participé sans relâche à la construction, non sans un flot de polémiques.
Le devrait elle ? Etre achevée, certains pensent que non, estimant la vison de Gaudi trahie.
Personnellement, je crois qu’il ne faudrait jamais l’achever mais pas non plus arrêter les travaux comme le réclament les partisans de la trahison.
Être en chantier permanent fait de mon point de vue partie de l’œuvre.
En la photographiant, je m’évertuais à éliminer les grues, les ouvriers, les toupies de béton de mon cadrage jusqu’à ce que je comprenne que j’avais tord.
Saisir ne serait ce qu’un interstice de l’âme de l’œuvre telle qu’elle est aujourd’hui, c’est prendre en compte et accepter que ce chantier permanent en soit partie intégrante tant sur l’aspect visuel que de sa légende. John Ford disait:
« Lorsque la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende »

Barcelone, c’est surtout le Mercat de la Boqueria.

« A la Boqueria les personnes mangent, achètent et bavardent en faisant ensemble ce que les espagnols savent faire au mieux, vivre la vie et jouir du sentiment de la communauté. »
Thomasina Miers – Chef Restaurant Wahaka, Londres

« Historiquement les vendeurs de la Boqueria ont toujours été une référence pour les restaurateurs de chez nous, car il ont su comprendre nos besoins en nous fournissant des produits aussi bien catalans comme d’autres endroits du monde. »
Carles Gaig – Cuisinier des Restaurants Gaig et PortaGaig

« La Boqueria est un temple de la gastronomie, un endroit où sont concentrées toutes les étapes de la chaîne alimentaire : á partir des producteurs, des distributeurs, des bouchers, des pêcheurs qui fournissent les aliments, jusqu’aux clients soient-ils privés ou bien professionnels, en passant évidemment par cette race magnifique et si caractéristique des commerçants qui sont dans tous les kiosques du marché. »
Ferran Adriá – Cuisinier de El Bulli

« La Boqueria est une étape de visite obligée car il s’agit de la meilleure vitrine des matières premières de la ville, autant pour ce qui concerne l’offre de poissons activée chaque jour á partir de 19h de l’après-midi avec l’arrivée de la pêche de Rosas, autant en ce qui concerne les salaisons, les ovins, les fruits, la viande. Ici on trouve ce que nulle part d’autre se trouve à Barcelone. »
Manuel Vázquez Montalban – Ecrivain

« La Boqueria n’est pas seulement le marché complet, mais c’est aussi un itinéraire humain où les vendeurs et les acheteurs jouent pour l’œil du voyeur qui les surprend avec les meilleurs gestes, dans les meilleures interprétations de vendeurs et acheteurs. »
Manuel Vázquez Montalban – Ecrivain

« Chaque jour après l’ouverture des portes du marché de La Rambla, l’histoire continue. »
Neus Vidal Pons – Commerçante de La Boqueria

Oui, j’aime les marchés. J’en ai vu beaucoup. C’est toujours ce que je recherche en premier dans une ville. Pour moi, c’est à cet endroit que s’observe l’âme de la ville.
Il y a dans ces lieux, un absolu d’humanité de vieux marchands dont la voie éraillée continue d’apostropher la foule, de gueules cassées au regard fier, de marchands hauts en couleurs et noblesse, de petits porteurs chargés de dignité, de commerçants en représentation comme au théâtre, le plus sincère, le plus absolu, celui de la vie.

La Boqueria, c’est une grande mise en scène. En premier lieu, celles des couleurs, Tous les étals qu’ils comportent des viandes de boucherie alignées en rang d’oignons derrière les têtes de veau, des poissons noyés dans la glace pilée, des jambons suspendus dégoulinant de sueur, des cultures maraîchères exposées sans pudeur, des fruits gorgés de sucre, des épices en vrac, de la volaille sagement assise, des montagnes d’œufs, des farandoles de friandises, des sacs de céréales, des bocaux de fruits secs, sont disposés pour le plaisir des yeux, une harmonie des couleurs que chaque commerçant s’applique à respecter pour mettre en valeur ses produits. Au détour de chaque allée, c’est un nouveau feu d’artifices de couleurs plus éclatantes les unes que les autres qui s’offre aux passants. Puis c’est une chanson de gestes, les larges couteaux des poissonnières qui virevoltent pour trancher sans vous donner l’envie de trop approcher, les lames fines des artistes de la tranche de jambon qui expriment un savoir faire ancestral, la spatule de la crêperie la plus Jet Set de Barcelone qui fend l’air et vous retourne une crêpe sans en avoir l’air. Enfin il y a le regard narquois et goguenard du boucher, les apostrophes du porteur des pains de glace, la mine réjouie de la patronne qui encaisse, les yeux qui pétillent de la pulpeuse vendeuse de fruits, le sourire appétissant de la jeune fille qui déverse du chocolat fondant sur ses brochettes de fraises avec gourmandise.
J’y passerai des heures, des jours à m’enivrer des odeurs des fruits sucrés, des épices, des petites cuisines de rues qui se mêlent, s’emmêlent, s’entremêlent pour créer les arômes du parfum des halles que la chaleur du jour exhale.

 

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Un commentaire

  1. Le marché de Palma est moins grand que la Boqueria mais même richesse de couleurs, d’odeurs, et atmosphère chaleureuse. Avec Eléonore, nous y allons comme client régulier, parlons majorquin, le « catalan salat » comme disent les confrères continentaux. Nous avons nos fournisseurs attitrés, intimes qui nous conseillent « non, pas ça aujourd’hui ». La poissonnière enjouée et volubile, la paire avec Eléonore, parlons poissons mais de tout et de rien, conversations simultanées des deux locuteurs, une particularité catalane, ce qui explique que le ton monte très vite, chacun essayant de se faire entendre, pour moi difficile de suivre. Bien sûr échanges de recettes, éminemment variables selon les lieux et les personnes, des nouvelles de la famille, au sens large, l’endogamie îlienne établissant des liens de sang aux multiples combinaisons. Pour poissons et légumes, leçon de vocabulaire; carottes, petits pois, poireaux….. ont des noms différents selon les lieux. Ces activités traditionnelles ont gardé leur héritage linguistique très localisé. A Soller, isolée dans sa vallée, les noms ne sont très souvent pas les mêmes que dans la plaine agricole de Sa Pobla, derrière les montagnes. Evidemment en castillan, c’est l’uniformité linguistique qui évite l’équivoque mais élimine un sujet supplémentaire de partage d’avis.
    Et nous terminons toujours au même bar à tapas, clients fidèles ce qui nous vaut des portions renforcées sans commune mesure avec celles des touristes allemands en visite.
    Quand je reste plus de deux semaines sans ces rencontres au marché, elles me manquent, et les marchands jouent le jeu de la surprise inquiète en nous revoyant.
    Bon, rien de comparable chez moi à la Celle Saint Cloud 78, coin huppé, et très cher ! A la rigueur, le marché de Charonne dans le 20ème populaire, ou habite mon fils, se rapprocherait de cette convivialité, entretenue par la verve des commerçants mozabites

    La Sagrada Familia, oui, une folie qui donne le vertige, d’autant que rien n’est droit, « tot me gire el cap », et de loin, une énorme pâtisserie, une pièce montée inextricable………….. Je préfère quand même nos cathédrales gothiques à cette démesure, oserais je dire, quasi diabolique.

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