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Les Marquises – La Terre des Hommes

« A l’aube des temps, vivaient deux divinités, Oatea et sa compagne Atanua. Le monde, alors, n’était qu’océan. Atanua était heureuse. Elle aimait contempler l’étendue d’eau scintillante où se reflétaient les couleurs de l’arc en ciel. Mais vint un jour où Atanua se lassa de ce spectacle. Après une éternité d’errance, elle éprouvait le besoin de se fixer. 

Elle fit part de son désir à son époux :


- Ecoute Oatea, maintenant, je suis fatiguée de notre manière de vivre, je voudrais une maison.

Oatea ne sut que répondre. Et pour cause, il ne savait pas comment satisfaire sa demande.
Oatea se retira dans ses pensées. Absorbé par le souci d’exaucer Atanua, son regard erra, des jours et des nuits durant, sur l’étendue infinie de l’océan. 


– Que puis-je faire ? Se disait-il.

Il eut soudain l’idée de faire appel à ses pouvoirs divins. Alors, tout s’éclaira. Il comprit qu’il lui suffisait de concentrer sa pensée pour faire siennes les connaissances nécessaires à la construction de la maison. C’est ce qu’il fit et cela le combla de joie. Sans tarder, il annonça à sa femme : 

– Cette nuit même, je bâtirai notre maison, et avant l’aube, ton vœu sera exaucé.

Atanua, confiante, attendit. Le soleil disparut, laissant la nuit envahir le monde. Oatea, à ce signal se dressa, et dans une longue et lente mélopée, sa voix perça la nuit des temps, enjoignant aux forces divines de réaliser son œuvre : 


« AKA OA E E E E… AKA PITO E E E E… AKA POTOT E E E … AKA HANA E E E E… AKA NUI E E E E … AKA ITI E E E … HAKATU TE HAE ! »

C’est ainsi qu’Atea rassembla au milieu de l’océan des poteaux, Ua Pou, une longue poutre , Hiva Oa, une charpente, Nuku Hiva, un toit, Fatu Hiva, une fosse, Ua Uka, tous réunis avant l’aurore, Tahuata, les six iles habités sur les douze qui composent l’archipel.

Aux marquises, il n’y a pas de barrière corallienne protectrice, ni de lagon apaisant. L’océan s’écrase sur les roches torturées du rivage. L’histoire de ces îles est aussi dure que son environnement sans concession. C’est il y a un peu plus de deux mille ans que les premiers habitants, des guerriers navigateurs arrivèrent de Taïwan, des hommes qui confectionnaient des étoffes en battant des écorces, pêchaient et possédaient des pirogues à balanciers. Ces peuples infiltrèrent le Pacifique, occupant les iles de proche en proche, Mélanésie, Tonga, Samoa, au hasard des navigations. Te Fenua Enata, Henua Enana, Terre des hommes, c’est le nom qu’ils donnèrent à ces iles, les Marquises.

Guerriers redoutables, non seulement beaux mais fiers, doux, cruels, doués d’une grande habileté manuelle, moqueurs, généreux, capricieux, rieurs, paresseux, sensuels, indolents, artistes et fort intelligents selon le témoignage des premiers visiteurs. Ces Hommes vont essaimer le grand triangle Polynésien, joignant Hawaï et l’île de Pâques.

Craint par tous les autres archipels, les marquisiens ont survécu aux invasions, à la colonisation, et aux épidémies et pourtant le peuple des Marquises a failli disparaître.

La population estimée à près de deux cents mille par Bougainville lors de son voyage, à vingt mille âmes au moment de la prise de possession en 1842, la population des six îles de l’archipel n’en comptait plus que deux mille, quatre-vingts ans plus tard. Miné par les maladies, l’alcoolisme, les armes à feu, importés par quelques desperados ou autres baleiniers de passage, la désespérance, effets de l’acculturation orchestrée par les missionnaires, le peuple des Marquises se laissait mourir. Un désastre humanitaire évité de justesse, dans les années 1920, par la volonté et l’action d’hommes de mérite.

A la fin des années cinquante, la population avait doublé. Elle dépasse aujourd’hui les neuf mille habitants, sans compter les Marquisiens, exilés à Tahiti.

Santé et fécondité retrouvées, le peuple des Marquises décida de se refaire une âme. Non la copie conforme de celle des origines, perdue à jamais dans la nuit des morts, mais une âme du présent qui intègre et revitalise le meilleur de l’héritage ancestral : la langue, les arts, les chants, les rythmes, le savoir-vivre coutumier en harmonie avec la saisissante beauté de ces îles, les plus isolées du Pacifique.

C’est à cette œuvre de renaissance d’une culture que se consacrent avec passion des hommes et des femmes de l’archipel qui mettent leur mémoire, leur savoir, leurs talents au profit d’un devenir marquisien, riche de son passé et ouvert sur le monde. Un devenir qui trouve sa plus vigoureuse expression dans le génie retrouvé des chants, de la langue, de la sculpture, de l’art du tatouage et des danses.

Désormais, on danse partout à ciel ouvert aux Marquises, sous le soleil ou dans la nuit étoilée, porté par le battement sourd des tambours que les anciens tendaient de peaux de requin: danse du cochon pour les hommes, danse de l’oiseau pour les femmes et toutes les autres, ressuscitées des temps immémoriaux. Ces danses sont le réenchantement de l’âme marquisienne.

« Il y avait autrefois presque une centaine de danses, mais les morts avaient emporté leur secrets dans leur tombe. Pour celles qui restaient, il a fallu convaincre les anciens de nous transmettre leur savoir. »

Moana
Guerrier de Ua Pou au cœur profond comme l’océan

Qui me confiera que les anciens ne confient leur savoir qu’aux jeunes qui font l’effort de le mériter.

Interdites par les missionnaires, de même que la nudité, comme autant d’incitations à la débauche et au péché des amours libres, ces danses, liées aux usages coutumiers du peuple des Marquises, avaient disparu pendant des générations.

« Si nous mourons, c’est parce que nous ne dansons plus »

Lancé il y a un siècle, aux heures sombres de l’histoire des Marquises, par un grand chef maori, ce cri d’alarme résonne aujourd’hui dans le cœur des jeunes générations comme une impérieuse invitation à danser.

« Si nous dansons, ici, maintenant, c’est que nous sommes vivants, nous, notre culture, notre langue, nos arts, notre âme. »

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Un commentaire

  1. Alors on va danser aux Marquises ,symbole de la vie ….
    Une belle légende que la naissance des Îles Marquises ,il me tarde de connaître la maison d’Atanua.

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