Panama – La Lady du Panama

Au Panama, au sein de l’archipel de Bocas Del Toro, sur l’île de Bastimentos, vit une Gente Dame qui se fait appeler Lady Oophaga Pumilio, un patronyme bien étrange, je le concède bien volontiers. C’est pourquoi, bien qu’elle soit issue d’une respectable et noble famille de haute lignée, celle des Dentrobates, le petit peuple préfère la surnommer affectueusement la Grenouille des fraises.

Elle se complaît à vivre simplement, dans la forêt tropicale au pied d’un grand arbre dans la demeure de Noblecoeur, composée modestement de quelques branchages, de litières de feuilles et de mousses, située près d’un cours d’eau.

Mais victime de la mode, son péché mignon, elle aime à se parer de ses plus beaux atours, une cape d’un rouge éclatant parsemée de points noires. Par coquetterie, elle couvre également ses doigts, non pas de mitaines, mais de gants à la Michael Jackson.

Personnellement, j’ai plaisir à me rendre au hameau des Echets dans la Dombes, chez Christophe Marguin pour déguster les grenouilles sautées au beurre et fines herbes. Une recette de ce délicieux batracien, devenue l’emblème de cette jolie maison, sise au bord de l’eau, transmise de génération en génération depuis Pierette son arrière grand mère, Catherine sa grand mère, Jacques son père.

Par ailleurs, j’aime bien les fraises. D’autant plus, depuis que certains scientifiques affirment que manger des fraises pourrait prévenir ou réduire les ulcères d’estomac, car si je peux me permettre une digression, le Bollinger rosé sied à merveille aux fraises.

Alors dites-moi, une grenouille des fraises ! Malheureux ! Gardez vous en bien.
Car, dans le cas présent, malgré sa petite taille, son air innocent, son nom bucolique, le regard tendre de ses grand yeux noirs, son apparence gourmande, ses tenues affriolantes plus sexy les unes que les autres, notre Lady, à la venimeuse beauté, est une tueuse.

En fait extraordinairement toxique, elle possède à la surface de sa peau des substances chimiques très actives, des protéines et surtout des alcaloïdes proches de la caféine, la nicotine, la morphine… Ces toxines produites à partir des éléments de son alimentation, fourmis et petits insectes ont pour cible les membranes cellulaires, provoquant des troubles du système nerveux et des paralysies musculaires jusqu’à entraîner la mort.

Sa cousine Phylobattes Terribilis qui porte bien son nom, est l’espèce la plus toxique du règne animal. Certaines tribus indiennes qui badigeonnent l’extrémité des fléchettes de leur sarbacane de ce poison extrêmement violent, deux cent fois plus puissant que le curare, la surnomment la grenouille à fléchettes. Grâce à elles, dans le doux chuchotement de la sarbacane, les singes qu’ils chassent meurent en quelques minutes.

Pour cette Lady, les mâles se disputent avec acharnement la possession d’un territoire. Alors rivalités, combats, joutes, tournois et duels, les mâles, pétris d’orgueils et de vanités se dressent les uns contre les autres jusqu’à ce que les vaincus ayant quitté le territoire, le vainqueur puisse se consacrer à sa parade nuptiale pour séduire celle qu’il voudrait voir devenir sa Belle.

Pour arriver à ses fins, le mâle se délecte avec complaisance et non sans une certaine suffisance de la taille de son territoire, de son charme naturel, de ses couleurs chatoyantes, de sa tenue altière et chevaleresque, de son chant viril. Car, cher lecteur, il ne coasse pas comme un vulgaire crapaud de cloaques, non il vocalise, il chante, c’est un artiste, un troubadour.

Pauvre de lui, perclus de naïveté, la seule préférence de notre Lady pour choisir son partenaire, c’est la proximité, le premier venu, le premier qui passe fera l’affaire, sans aucune autre considération.

C’était bien la peine…Quelle garce cette Lady… Je vous avais prévenu, un vrai poison…
Et encore, je ne vous ai pas tout dit.

Pour ce qui est de la lune de miel, d’ailleurs lune de fiel serait plus appropriée, pas de caresses, pas de baisers de feu, pas de french kiss, pas de longues étreintes, pas de câlinous, pas de tendresses énamourées.

Que nenni, notre Lady est une chichiteuse, une mijaurée, une vraie pimbêche…
Il est vrai que tout enlacement avec notre Lady, au corps parfumé d’effluves de batrachotoxine pourrait se révéler fatal.

Le mâle, boulversé, chagriné, dépité, n’aura d’autre alternative que déposer, tout penaud, son sperme sur une feuille de la litière, à l’abri des regards indiscrets. La Lady recouvrira la semence de quelques œufs, que le mâle, seul, prendra soin de garder humides pendant une semaine, alors que Lady s’accorde quelques jours de repos. On aura tout vu…

A l’éclosion des têtards, mieux vaut tard que jamais, la Lady reviendra instinctivement sur le site de la ponte pour prendre en charge chaque portée. Tout de même, il était temps, à défaut d’amour charnel, un peu d’amour maternel…

A la manière d’une ventouse, les têtards s’accrochent alors par la bouche au dos de notre Lady qui les transportent dans différentes piscines naturelles en haut des arbres dans le creux d’une écorce, ou bien d’une feuille de broméliacée.

Régulièrement, Lady retournera sur chacun de ces sites, soigneusement choisis pour l’absence de prédateurs aquatiques, et nourrira pendant quelques semaines sa progéniture, d’œufs non fécondées, jusqu’à son passage à l’état adulte.

Et ainsi, les petites grenouille des fraises dont la taille adulte n’est que d’une quinzaine de millimètres s’en iront, telle une Lady, tel un preux chevalier, envoûter quelque contrée de la forêt tropicale de leurs blasons éclaboussés de rouge…et de quelques sibyllines toxines…

Ainsi va la vie…

 

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Un commentaire

  1. Gérald
    Tu rivalises avec notre écrivain méditerranéen,le grand Marcel Pagnol …..
    Elle est belle l’histoire de la grenouille déguisée en mi chaperon rouge et mi Michael Jackson,on pourrait presque la raconter aux enfants comme un livre de contes .
    Brigitte

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