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Costa Rica – Le Baise Fleurs

Fascinants, époustouflants, séduisants, les colibris promènent leur silhouette. Minuscule par la taille, majuscule d’élégance et de charme, ils volent ou plutôt, ils dansent amoureusement tout au long des forêts tempérées, tropicales ou andines du continent des Amériques, depuis l’Arctique et le passage du Nord-ouest jusqu’au Détroit de Magellan et parfois même en Terre de Feu.

Les colibris appelés aussi oiseaux mouches appartiennent à une famille nombreuse, celle des Trochilidae. Ces cousins sont : Bec en faucille, ermite, porte-lance, campyloptère, mango, émeraude, dryade, saphir, ariane, brillant, inca, hélianthe, érione, haut-de-chausses, porte-traine, métallure, sylphe, loddigésie, que des nichées de haute volée.

Au Costa Rica, le colibri est à coiffe blanche, à épaulettes, à gorge pourprée, lilas, rubis, à queue bronzée, grise, à tête cuivrée, violette, à ventre noir, Corinne, de Constant, de Cuvier, de Delphine, de Rivoli, Elvire, faux-saphir, féerique, flammule, insigne, jacobin, magenta, scintillant, thalassin, rien que cela…

Les anglophones le désignent sous le nom d’hummingbird, qui nous vient du verbe hum qui signifie vrombir, bourdonner, fredonner, chantonner.
En portugais, les Brésiliens délaissant quelques instants leurs dribbles chaloupés comme des louanges d’une éloge de l’esquive, et fidèles à leur sensualité poétique pleine d’érotisme lui donne son plus joli nom, le Beija-flor, le baise-fleurs.
Les hispanophones le nomment picaflor, terme utilisé aujourd’hui dans toute l’Amérique Latine pour désigner les coureurs de jupons.
Les Cubains, musiciens dans l’âme, la salsa chevillée au cœur, préfèrent zunzuncito, petit zunzun. Une onomatopée qui imite le frottement du pizzicato des instruments à cordes, produit par le battement très rapide des ailes du colibri.
Dans les Caraïbes, il est aussi appelé zoom zoom, zumbador, pajaro, mosca ou bien encore guacarica

Pour se vêtir, les colibris empruntent toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dont la déesse Iris, messagère des dieux éternels dans l’Iliade d’Homère, laissa la trace éphémère dans le ciel de son pied gracile. Ils se parent de pigments pilés de pierres précieuses, émeraude, turquoise, lapis-lazuli, saphir, rubis, pour nacrer leurs plumes d’iridescences aux couleurs métalliques et offrir au regard comme un chamboule tout de reflets parmi les jeux de lumières.

En dépit de sa taille, le colibri est un athlète sans pareil, petit mais costaud. Il est capable de battre des ailes à des allures vertigineuses, de voler sur place et même en arrière.
Et pour accomplir de telles performances, en vol, son cœur bat la chamade à près de mille battements s’accompagnant de cinq cents respirations à la minute. Grâce à son taux d’hématocrite, le plus élevé de tous les vertébrés, les muscles du colibri se gavent, se gorgent, s’enivrent d’oxygène.

Stop, arrêtons nous un instant. Je crois voir surgir une certaine forme de suspicion dans ton regard, que tu as joli certes, mais un tantinet narquois, chère lectrice, cher lecteur.
Méfions nous des préjugés, des idées toutes faites, à l’emporte-pièces. Ici, pas de transfusion sanguine, pas d’injection de molécules stimulant la production de globules rouges, au premier rang desquelles l’érythropoïétine, la tant célèbre EPO, qui fait trop souvent la une des magazines sportifs et pas que…

Non, il n’y a que des élans du cœur. Le colibri dans sa quête des vols les plus acrobatiques n’a pour seul désir que de s’enivrer au creux de fleurs à peine ouvertes, de respirer leur chair fine et délicate, de puiser leur élixir, de rechercher en elles le nectar de la vie, de boire leur sève en cours de vol et surtout de n’en perdre aucune goutte.
Tout comme je le fais en savourant une flûte d’un champagne rosé de la maison Laurent Perrier ou le ferais, peut être un jour, en dégustant un verre de la légendaire cuvée de la Romanée Conti, bien assis dans un fauteuil confortable.

Le destin du colibri pourrait se résumer à courtiser la flore et à confondre ses reflets dorés avec ceux des pétales qu’il caresse, à déposer des étranges baisers à l’étamine, à voler complètement ivre de parfum en parfum, à dessiner avec élégance des ogives, des rosaces et des ellipses entre ciel et terre, à tisser des nids comme des bijoux, à visiter galamment des déesses végétales, tel un gentleman des cœurs.

La grâce, la dolce vita, l’harmonie avec son environnement, c’est un merveilleux destin mais il y a quelque chose en plus. Le colibri est mythologies.

Par exemple chez les Haïdas de la côte ouest du Canada, il représente le courage et la sagesse.

Dans un mythe des Indiens Hopi qui vivent sur les hauts plateaux désertiques de l’Arizona, ceux la même qui écrivirent une si belle lettre au président Richard Nixon en 1970, le colibri apparaît comme un héros qui sauve l’humanité de la famine grâce à son intervention auprès du dieu de la germination et de la croissance.

Chez les Pueblos du Nouveau Mexique, le colibri sauva la terres d’incendies et sécheresses apocalyptiques en atteignant l’arc en ciel, en regroupant les nuages disséminés aux quatre coins du ciel, et en les perçant à coups de bec ce qui provoqua la pluie. C’est en souvenir de cette prouesse que le colibri ramena ses flamboyantes couleurs irisées.

Pour les indiens Taïnos, qui habitaient les grandes Antilles, malheureusement décimés comme tant d’autres au seizième siècle par les colons européens, le colibri, l’oiseau dieu, reconnu comme le grand pollinisateur est un symbole sacré, celui du semeur de la vie sur terre, de la renaissance.
Il est toujours aujourd’hui le symbole national de la Jamaïque.

D’après les Shuars et les Ashuars, habitants de la haute Amazonie que les premiers envahisseurs espagnols baptisèrent de façon péjorative les Jivaros (sauvage, barbare), le colibri déroba le feu à Takea qui le conservait jalousement pour son propre usage, afin de le transmettre aux autres hommes.

Selon les Indiens Tukano de Colombie, le colibri qui danse amoureusement jusqu’à l’extase de la jouissance avec les fleurs représente la virilité radieuse.

Une histoire Arawak du Venezuela raconte que dans des temps très anciens, lorsque les hommes et les animaux vivaient ensemble, le colibri vola des graines de tabac aux vertus médicinales pour les offrir aux hommes.

Pour les prédécesseurs des Aztèques, les Toltèques qui se développèrent au centre du Mexique, il était le Porteur de Vie, d’abord en tant que maître de la pluie dans les terres arides du plateau central mexicain et puis, de par son rôle de grand pollinisateur.

Huitzilopochtli, le dieu tribal des Aztèques. Il représente le dieu de la guerre et le dieu du soleil triomphant à son zénith. Son nom signifie en Nahuatl colibri de gauche. N’y voyait surtout aucune connotation politique. Simplement, les Aztèques croyaient que le sud était le côté gauche du monde et que les guerriers morts au combat revenaient à la vie en tant que colibri.
Admiré pour sa beauté et son courage, les Aztèques le croyaient immortel.

Chez les Mayas, certaines personnes âgées et sages racontent :

Les dieux ont créé toutes les choses sur la terre, chaque animal, chaque arbre et chaque pierre.
Mais quand ils eurent fini, ils constatèrent qu’il n’y avait rien pour communiquer les désirs et les pensées des uns aux autres.

Comme ils ne disposaient plus de boue ou de maïs pour faire un autre animal, ils prirent une pierre de jade et sculptèrent une flèche. C’était une très petite flèche. Quand elle fut prête, les dieux soufflèrent dessus et la flèche en jade s’envola.

Ce n’était plus une flèche, parce qu’elle devint la vie. Les dieux avaient fait un x ts’unu’um, le colibri. Il était si léger et fragile qu’il pouvait approcher les fleurs les plus délicates sans bouger un seul de leurs pétales. Ses plumes brillaient au soleil comme des gouttes de pluie, et reflétaient toutes les couleurs.

Les hommes essayèrent d’attraper l’oiseau pour s’orner de ses précieuses plumes.
Alors les dieux se mirent en colère et ordonnèrent :
« Si quelqu’un l’attrape, le colibri mourra »

Depuis ce jour, personne n’a jamais vu un colibri dans une cage ou dans la main d’un homme.
Ainsi, ce mystérieux et délicat oiseau peut s’acquitter tranquillement de sa tâche :
Voler deci delà et propager les désirs et pensées des hommes.
Si vous désirez le bien, il transmettra votre désir du bien si vous désirez le mal, Il transmettra également votre désir du mal.

Si un colibri vole autour de vous, ne le touchez surtout pas.
Il prendra votre désir et l’adressera aux autres.
Alors, à sa vue, réfléchissez bien avant de formuler votre désir ou vos pensées.

Mais chez les Mayas, d’autres personnes tout aussi âgées et tout aussi sages racontent :

Il y a très longtemps, au commencement du monde, lorsque le dieu maya avait terminé
de créer les oiseaux, il se rendit compte qu’il lui restait de la matière qu’il ne pouvait jeter, des bribes de plumes grises, un bec fin pareil à une aiguille et quelques minuscules parcelles
de muscles et d’os. Il décida alors de donner une forme et d’insuffler la vie à celui qui allait
être le plus petit de tous ses enfants oiseaux.

Quand celui-ci ouvrit ses yeux noirs, il regarda le créateur qui sourit en se demandant s’il n’était pas trop petit, en effet sa taille ne dépassait pas un pouce, et s’il ne fallait pas lui rétrécir un peu le bec. Mais non, ce bec était parfait pour aller chercher le nectar là où aucun autre oiseau ne pourrait le faire.

De plus, le créateur attribua à ce volatile des capacités exceptionnelles de vol, vers l’avant, vers l’arrière, en piqué ou en chandelle et le lâcha dans les airs. Le bourdonnement de ses ailes
produisait un son semblable à dzu-nu-ume, dzu-nu-ume, et le créateur sut que les Mayas allaient appeler cet oiseau Dzunuume, le bourdonneur.

Aussi, afin d’acter sa place dans le monde, il créa une compagne et conseilla le jeune couple de célébrer son mariage dès que possible. Le mot mariage ayant été prononcé, les autres animaux s’enthousiasmèrent et se ruèrent autour des fiancés afin de participer et d’aider aux préparatifs de la fête.

La grive à la voix douce se proposa de chanter, une tendre brise amena des pétales parfumés, des papillons aux ailes brillantes formèrent un cercle afin de délimiter la chambre nuptiale, des araignées se mirent en œuvre pour tapisser le chemin de la noce, même le soleil décida de bénir le jeune couple.

« Comme tout cela va être beau ! Beau »
L’exclamation de la petite grive s’arrêta net. En effet, Dzunuume et sa petite fiancée, d’un gris terne, n’étaient pas vraiment beaux et les oiseaux se regardèrent les uns les autres, consternés.

Ce fut le quetzal qui brisa le silence en offrant aux jeunes mariés ses plus belles plumes, de splendides exemplaires verts. Puis se fut l’hirondelle violette qui proposa les plumes blanches de sa poitrine et le pinson qui offrit un magnifique foulard rouge.

Et avant que les autres convives n’aient pu à leur tour faire leur cadeau, le soleil apparut et en guise de bénédiction envoya ses rayons les plus lumineux qui firent ressortir le jade flamboyant du couple et le feu de la gorge de Dzunuume. L’émerveillement de l’assistance fut total. Le soleil fit une promesse solennelle :

« Les plumes des colibris flamboieront toujours de ces jeux de feu et de jade magiques,
aussi longtemps qu’ils me regarderont, face à face. Mais s’ils se détournent de la lumière, leurs plumes s’obscurciront de nouveau pour leur rappeler les plumes grises qui étaient les leurs au début, et qu’ils continueraient de porter, sans les cadeaux désintéressés de leurs nouveaux amis. »

Le créateur, impressionné par la beauté des colibris, en créa d’autres de toutes les couleurs et demanda au soleil de les bénir. Depuis ce jour, quand un colibri s’écarte de la lumière solaire, certaines de ses plumes sombrent dans le terne, comme un feu se transforme en cendres.

La relation qui lie le colibri au soleil continue de nos jours d’être présente chez les Mayas. Dans d’autres mythes, toujours vivants, le soleil est même capable de se déguiser en colibri afin de séduire une belle jeune fille…

La grâce, la dolce vita, l’harmonie avec son environnement, un merveilleux destin, des mythologies, mais il y a quelque chose en plus. Le colibri est légende.

Cela commence dans la forêt amazonienne. Dans cette forêt, l’on voit des arbres à perte de vue, mais en regardant un peu mieux, on aperçoit un arbre plus grand et plus haut que tous les autres.
Cet arbre majestueux a des branches qui parlent aux oiseaux :

 » Venez à moi, peuple des oiseaux ! Venez à moi, je vous accueille « .

Et tout ce petit monde piaille, joue, discute, chantonne… vie en harmonie.

Mais un jour, après une longue période de sécheresse, un orage violent, des éclairs foudroyants, qui sait ? arrive un terrible malheur, le grand arbre prend feu. Puis l’incendie commence à ravager la forêt tropicale, les flammes montent jusqu’à la canopée. C’est l’affolement, la fuite en tout sens, une tragédie. Le serpent serpente. Le paresseux paresse. Le papillon papillonne. La libellule tintinnabule. La coccinelle s’envole à tire-d’aile. Le basilic vert surnommé à juste titre le lézard Jésus-Christ s’enfuit en marchant sur l’eau d’un lac. Le singe pleure, se prend la tête à deux mains. Les oiseaux, terrifiés, impuissants s’élèvent dans le ciel contemplant leur forêt aux prises avec les flammes.

A travers la fumée, ils distinguent un petit oiseau qui va à la rivière prendre une goutte d’eau dans son bec et la déposer sur un arbre. Il le voit retourner à la rivière prendre une goutte d’eau dans son bec et la verser sur un arbre et puis retourner encore à la rivière inlassablement, prendre une goutte d’eau dans son bec et la jeter sur un arbre.

Seul un petit colibri, sans relâche, fait l’aller et retour de la rivière au brasier, une minuscule goutte d’eau dans son bec, pour la déverser sur le feu. Un toucan à l’énorme bec multicolore l’interpelle :

 » Mais colibri, que fais-tu ? Viens ! Cela ne sert à rien, viens rejoins-nous !  »

 » Je fais ma part, je fais ma part de travail pour éteindre le feu ! Et vous aussi, vous devriez venir faire votre part ! Votre part de travail pour éteindre le feu.  »

Interloqués, les oiseaux se regardent, perplexes. Puis dans un même élan, ils s’élancent vers la rivière, prennent quelques gouttes d’eau dans leur bec et les déposent sur un arbre, puis retournent à la rivière pour prendre quelques gouttes d’eau dans leur bec et les verser sur un arbre et retournent encore à la rivière, inlassablement afin de prendre quelques gouttes d’eau dans leur bec et les jeter sur un arbre.

Et ces millions de gouttes d’eau forment une pluie si fine et si dense que le feu finit par s’éteindre.
Au bout du compte, il y eut bien quelques plumes roussies mais cette nuit là, un petit colibri a sauvé la forêt tropicale.

La grâce, la dolce vita, l’harmonie avec son environnement, un merveilleux destin, des mythologies, une légende mais il y a quelque chose en plus. Le colibri est leçon de vie.

Je ne suis pas un Maya, ni une personne âgée et encore moins sage.
Je n’ai de conseils à donner à personne mais je dis aux enfants :

On peut toujours améliorer sa situation, aussi dramatique soit-elle, en faisant ici et maintenant les petits pas qui sont à notre portée.

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Un commentaire

  1. Si on connaissait mal le colibri voilà de quoi combler nos lacunes et nous donner une belle leçon de vie : merci petit colibri ,merci Gérald….

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