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Les Phares

Phare, n. m. : tour édifiée sur une côte, sur un îlot ou à l’entrée d’un port, surmontée d’une source lumineuse puissante, servant à guider la navigation maritime pendant la nuit.

Il y a du merveilleux, de la féerie, de la magie, de la fascination pour cette lumière qui nait soudain dans la nuit noire, puis s’éteint, s’allume, s’éteint, s’allume, s’éteint, s’allume…peignant méticuleusement l’horizon de son faisceau lumineux jusqu’au petit matin.

Pour comprendre la valeur d’un éclat de phare dans la nuit noire, tu dois jeune lecteur imaginer un monde sans électronique, ni informatique, ni satellite, ni numérique, oui je sais c’est difficile mais il y a eu un temps, pas si lointain, où l’art de naviguer reposait sur une carte marine en papier, un sextant, une horloge de marine mécanique, un compas de route magnétique, un compas de relèvement, le calcul de l’estime et le savoir faire du capitaine.

Alors, à l’approche des côtes et de ses récifs, au retour d’une navigation au large, l’apparition d’un éclat de phare dans la nuit noire et le cœur battait plus fort comme pour une main tendue, un sourire affectueux, une parole chaleureuse, un regard attentif, un éclat de confiance.

A chaque phare, son histoire, sa légende, et pour ceux situés en mer, les coulisses d’un exploit pour sa construction sur des écueils battus par les flots, les tempêtes, les courants, où le travail ne pouvait s’effectuer qu’à marée basse.

Des noms évocateurs, Le Four, Kéréon, La Jument, Les Pierres noires, aux abords d’Ouessant pour faciliter le passage du Four ou celui du Fromveur, Armen, Tévennec, La Vieille, pour la passe d’Armen et du raz de Sein, non moins redoutables, Le Planier pour l’atterrissage sur Marseille, Les Sanguinaires sur l’île de Beauté.
Pour les reconnaître, des feux, blanc, rouges, verts, à éclats, à occultations, scintillants, fixes, à secteurs.

Le mot nous vient de Pharos, une île au large d’Alexandrie en Égypte, sur laquelle Ptolémée Ier fit construire un phare monumental au début du IIIe siècle avant J-C. Ce phare antique d’une magnificence exceptionnelle était considéré comme la septième merveille du monde.
D’après les historiens et archéologues, il mesurait plus de cent mètres de haut. Il était visible à cinquante kilomètres de distance. Le phare d’Alexandrie qui reste l’emblème de la ville aurait ainsi dépassé en hauteur le phare de l’île Vierge, actuellement le plus haut phare d’Europe avec ses quatre-vingt deux mètres.

Au moyen âge, à l’aide de brasiers les moines éclairaient les dangers à l’intention des navigateurs, comme à la pointe Saint Mathieu où les Bénédictins allumaient au sommet de la plus haute tour de leur abbaye de grands feux de bois qui étaient entretenus toute la nuit.
Les naufrageurs eux, à l’aide de mêmes brasiers attiraient les navires sur les dangers. Mais il y a prescription et leurs descendants créeront la Société centrale de sauvetage des naufragés et les Hospitaliers sauveteurs bretons qui deviendront la belle Société nationale de sauvetage en mer.

Plus tard, c’est sur le plateau de Cordouan, par 45°35,2 de latitude Nord et 01°10,4 de longitude Ouest, qui marque l’embouchure de l’estuaire de la Gironde que le plus ancien des phares français sera édifié pour partie entre 1548 et 1611 et surélevé en 1789 portant la hauteur de l’ampoule à soixante sept mètres.

Des logements pour les gardiens, des magasins pour les provisions, des dépendances dans la couronne, un appartement pour le roi, pavé de marbre, dès fois qu’il lui prendrait l’envie de visiter le Versailles de la mer, le roi des phares, le phare des rois, une chapelle dédiée à Notre-Dame de Cordouan avec sa fine mosaïque, ses vitraux. Le phare de Cordouan où comment les architectes de l’époque imaginaient que des bâtiments utilitaires ou de service soient tout simplement beaux, pour ne pas dire des merveilles d’architecture.

Plus tard, viendront les phares des Baleines, de Chassiron, du Stiff, du Cap Fréhel et tous les autres.

Et puis des hommes à part, les gardiens de phares. Des hommes à l’image du granit de leurs phares, rudes, tenaces, patients, courageux, le sens du devoir, se moquant des menaces du grand Océan, encaissant tout les coups avec le mépris du boxeur sur un ring.

La lanterne coiffe le phare, c’est une petite salle faite de panneaux de verre.
Au milieu, reposant sur une cuve à mercure qui facilite la rotation, l’optique, la célèbre lentille à échelons de Fresnel qui révolutionna l’éclairage maritime et donna à la France une place de choix dans la construction des phares au travers le monde.
Le phare fonctionne avec de l’huile minérale transformée en gaz, brulant sur un manchon tissé depuis le demi crépuscule du soir jusqu’au demi crépuscule du matin.

Une obsession, la lanterne, leur raison d’être. La lanterne, c’est pour eux la vie des autres, elle ne doit jamais s’éteindre. Car les gardiens de phare pensent avant tout aux autres, les cargos, porte-containers, pétroliers, paquebots, méthaniers, vraquiers, ferries, navires de pêche, voiliers, embarcations en tous genres et leurs équipages, alors ils veillent, ils veillent, ils veillent, jusqu’à s’en brûler les yeux, l’éblouissant feu des phares.

Lorsque le soleil s’évanouit à l’horizon, quelques temps après, au demi crépuscule du soir, un feu perce l’obscurité et se met à palpiter comme un cœur enamouré puis d’autres feux s’allument à leur tour, des blancs, des rouges, puis des éclats blancs, puis…

C’est beau un phare la nuit…

 » Tel aux yeux des nautoniers que les vents entraînent malgré eux loin des rives amies, apparaît l’éclat d’un feu qui brille en un lieu solitaire au sommet d’une montagne, tel rayonne jusqu’au ciel l’éclat du bouclier d’Achille »

Homère
PS: L’automatisation des phares, commencé en 1990, a vu disparaître les derniers gardiens de phare.

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