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Les Pêcheurs

Laissez moi vous parler du monde des pêcheurs.

Rassurez vous, pas des navire usines qui dévastent les mers, pas de ceux qui ont recours au DCP, Dispositif de Concentration de Poissons, comme c’est joliment dit pour une pêche à la petite semaine qui pêche sans discernement les espèces, pas de ceux qui utilisent les filets dérivants de plusieurs kilomètres, pas de ceux comme au Japon, en Islande ou en Norvège qui sous de fallacieux prétextes scientifiques pêchent les espèces protégés comme la baleine, pas de ceux qui pêchent plus de cent millions de requins par an, n’hésitant pas à rejeter le requin vivant dépecé de ses ailerons, condamné à mourir dans la souffrance, pas de ceux qui aux Île Féroé, rabattent les globicéphales à la côte pour accomplir une pratique ancestrale, le Grind, une tuerie sanguinaire assouvissant les bassesses les plus vils de l’être humain.

Non, laissez moi vous parler du monde des pêcheurs, le seul qui vaille, celui des artisans, j’allais dire des artistes de la pêche car il pratique un Art avec un grand A. Ceux qui partent en mer depuis la nuit des temps affronter les éléments, les caprices du temps, les incertitudes de la prise sur de petits bateaux, moins de dix mètres, les pointus, les doris, les bisquines, les tartanes, les sardiniers, les sambouks, les sinagos, les jagandas, les pirogues à balancier et pourquoi pas de petits chalutiers pour pêcher à la ligne avec des cannes en bambous et pour seul moulinet, celui de leurs bras, à la traine, au filet, au harpon, au casier, à la nasse.

Ceux de pêcheurs d’Islande, ceux du vieil homme et la mer, même le Capitaine Achab qui court le monde dans une quête insensée pour capturer la baleine blanche qui un jour lui a mangé la jambe alors qu’il tentait de l’harponner.

A Puerto Mogan, petit village de pêcheurs, reconstitué de façon tout à fait artificiel, mais il faut bien dire que sur la cote Sud de Gran Canaria, pour l’immobilier c’est ce qu’il y a de moins laid, Il y a des pêcheurs.
Je disais donc, il y a des pêcheurs, de vrais pêcheurs, des jeunes, des vieux, parfois trois générations, des mal rasés, des taillés à la serpe, des secs avec des rides comme des coups de couteau, des tout en muscle, des tortueux comme l’écorce de l’olivier, des plus enrobés, des tatoués, enfin des pêcheurs.

Avant l’aube, alors que tout le monde dort, le tchop, tchop, tchop… du moteur diesel retentit puis le clapotis de l’eau avant le léger ressac du sillage qui s’évanouit dans le port.
C’est lorsque le soleil est au zénith, que retentit à nouveau le tchop, tchop, tchop… du moteur diesel, peut être un peu plus sourd qu’avant l’aube, si le bateau est bien enfoncé dans ses lignes d’eau, au regard du résultat de la pêche.

Ce jour là, le Puerto Mogan II arborant fièrement une effigie de Poseidon à la proue, Juanito à la barre et ses trois hommes d’équipage, accoste le premier au quai de déchargement face à la balance et au hangar réfrigéré. C’est plus d’une centaine de thons péchés à la ligne que l’équipage extrait de ses cales pour les jeter dans quatre grandes caisses qui à la pesée cumuleront une tonne et deux cent kilos. Dès la pesée, les thons sont noyés dans la glace pilée avant d’être chargés dans les camions à destination de Las Palmas. Tout en finissant de laver les cales du bateau à grande eau, Juanito empoche discrètement une enveloppe de billets pour paiement de sa pêche du jour.

En fin de journée, c’est l’Askara Primero aux couleurs du bleu océan qui vient d’accoster au quai en pierre de basalte. Cette fois ci, pas question de jeter à la volée les thons dans la grande caisse de la balance. Chaque thon dépassant les trente kilos, c’est par palanquée d’une demi douzaine de thons liés par la queue que la grue fait tournoyer entre mer et ciel. Sur le petit carnet du régisseur de la criée, les palanquées s’alignent en colonne, le nombre de thons et le poids. A l’addition le crayon gras donne son verdict: cent sept thons pour plus de trois tonnes.
Ce soir, sur l’Askara Primero, les sourires s’affichent.

En début d’après midi, les deux frères, Marco et Lucho, tellement inséparables que tout le monde à oublié leurs prénoms pour ne plus les appeler que les deux frères, ne débarquaient que deux dizaines de daurades et trois de calamars. Cela ne suffira pas à couvrir les frais du bateau. Alors on charge immédiatement le filet entreposé sur le quai, le temps d’un plein de gazole et d’une cigarette et les deux frères repartent en mer pour la nuit, avec l’espoir d’un sort plus favorable, sur leur embarcation L’Esperanza Del Mar, placée sous la protection de la Nuovo Virgen pour rassurer leur maman toujours inquiète pour les deux frères.

Laissez moi vous dire que ces pêcheurs je les aime.
Je les aime profondément, le cœur en émoi, avec respect, admiration.

 

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2 commentaires

  1. Gérald ce texte est très beau et surtout quand je le lis je t’entends le dire avec toute l’émotion que tu éprouves en parlant de ce monde que tu admires tant et que je partage .
    Merci pour ces beaux textes que tu composes pour le plaisir de tous.
    Brigitte

  2. Merci de nous faire partager ces lignes…
    Pour ma part j’y étais en lisant avec un bon verre de vin à bord de Saudade…

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