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L’ Attente

Après la Sirène Avarie, vient souvent le temps de l’Attente.
L’Attente, elle est sournoise, sans en avoir l’air c’est une sorcière dotée d’un mana très puissant, le plus puissant, celui du temps. Elle est capable d’ordonner et d’obtenir que tout s’arrête…

Devant l’Attente, toutes les horloges de marine, les chronomètres, les cadrans solaires, les sabliers, les clepsydres, saisis d’effroi perdent la notion du temps, s’affolent, s’essoufflent, s’épuisent, s’arrêtent. Même Chronos le maître du temps y perd son grec.

L’Attente à fait sienne les vers de Charles Baudelaire sur l’horloge:

 » Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup !
C’est la loi. Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide. « 

Mais pour celui qui sait la regarder, l’apprivoiser, apprendre à la connaître, la séduire même, l’Attente offre, au delà de l’ennui, un deuxième visage, le désir.

« Il dépend de celui qui passe que je sois tombe ou trésor, que je parle ou me taise, ceci ne tient qu’à toi. Ami, n’entre pas sans désir. »

Paul Valéry

Alors à l’image de la vie, inutile de se morfondre ou de s’agiter en tout sens. Pour séduire l’Attente, il n’est pas nécessaire de se lever tôt ou de courir vite. La réussite relève bien plus souvent de sa capacité à trouver le bon rythme, celui adapté à la situation, tenant compte des circonstances et de ses capacités du moment.

L’apprentissage de la vie, c’est aussi acquérir cette capacité de discernement du moment opportun le Kaïros cher aux philosophes grecs. Il existe des bons et des mauvais moments pour agir. L’action n’est pas bonne ou mauvaise en soi, elle dépend de l’instant. Passer à coté du bon moment, c’est passer à coté de l’occasion, des circonstances favorables.

Je n’ai de conseil à donner à personne mais voici ce que je dis aux enfants.
Dans la vie, il y a un temps pour tout, un lieu pour soi, et des soutiens pour ne jamais rester seul.
Et puis prendre goût à l’envie de se former tout au long de son existence, faire preuve d’imagination, agir chaque jour que la vie vous offre.
Le monde a besoin que vous soyez la génération avec plus de rêves que de souvenirs.

 
Et surtout, n’oublier, n’oublier jamais que sur l’histoire de l’univers depuis le Big bang, concentrée sur vingt quatre heures, l’Homo Sapiens n’est apparu qu’à vingt trois heures, cinquante neuf minutes et cinquante neuf secondes, alors l’Attente…

 
« Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière, avec un minimum de toile.
La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage.
Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. Rivages inconnus qu’ignoreront toujours ceux qui ont la chance apparente de pouvoir suivre la route des cargos et des tankers, la route sans imprévu imposée par les compagnies de transport maritime.

Vous connaissez sans doute un voilier nommé Désir »

Éloge de la fuite
Henri Laborit

 

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